Sémiramis – prologue

août 1, 2015 § Poster un commentaire

Prologue

Un soir d’été dans un jardin. Le soleil commence jute à décliner. Le ciel se colore en teintes rosées. A l’avant scène, à gauche, une petite cabane en bois avec une table et deux chaises. Sur la table, au centre, une cage avec une colombe à l’intérieur. Une balançoire.

Le poète est installé sur une des chaises, très calme, et taille une flûte dans un bambou.

Une petite fille, arborant une imposante robe d’apparat, arrive en courant par l’arrière-scène à droite, décoiffée, tenant d’une main les rubans qu’elle vient d’arracher de ses cheveux.

A la vue du poète, elle ralentit, marche tranquillement, puis vient s’asseoir négligemment au milieu de l’avant scène. Elle commence à déchausser ses bottines.

 

LA PETITE FILLE : Mère a encore réussi à me déguiser en princesse… A chaque carnaval, il faut toujours que ça recommence. « Ne bouge pas, tu vas être très belle, les autres seront jalouses, et patati et patata… »

Au poète, Mais dis quelque chose ! Tu sais bien que je voulais être une indienne, avec de vraies peintures de guerre, de longues tresses, un arc et des flèches !

Elle s’approche du poète qui lui caresse le visage en souriant, puis elle s’éloigne. Eh bien, parle ! De toute façon, tu es toujours de son côté.

Elle s’installe sur la balançoire. La colombe ! Qu’est ce qu’elle fait dehors ?

LE POETE : Votre mère craignait qu’elle ne supportât pas le bruit de la fête.

LA PETITE FILLE, s’approchant de la cage pour l’ouvrir : Deux prisons : pour elle cette cage, pour moi cette robe et mon enfance. Une seule liberté : s’emparer du ciel bleu.

LE POETE : Mademoiselle, je crains que…

LA PETITE FILLE : Moi aussi je crains, laissez-moi donc !

LE POETE : Votre mère…

LA PETITE FILLE : Elle ne lui appartient pas. Vous trouvez ça sensé une colombe enfermée dans une maison grise, se rabrouant aux cris des disputes et des portes claquées, muette de tristesse, enfermée dans l’effroi, craintive à tout mouvement ? Elle ne nous regarde pas, on ne prend pas soin d’elle. Elle tremble, elle est malade, on l’emmène au jardin, on l’oublie, elle est calme. Moi-même elle me dégoûte. Elle semble résignée, elle ne vit déjà plus. Elle dort puis elle attend.

Les dernières années que j’ai passées à la campagne chez le berger Simon ont éveillé mon cœur. Moi, petite souffreteuse, pâle de lassitude, fatiguée d’inertie, le souffle court et sec, le cœur sourd et nerveux, j’ai gagné en vigueur dans les grandes plaines d’Iran. Je me suis endurcie au choc de la terre, ma peau s’est épaissie sur le sable brûlant. Je grimpais au sommet des arbres du jardin, je retombais au sol, les genoux écorchés, je détachais les chiens, il me courraient après. Un soir devant la mer, dans une ronde effrénée, à la lueur des braises, tournoyant dans les airs, mon cœur se fit léger. J’aperçus le bonheur, l’entrain et l’enthousiasme. J’ai ri jusqu’à l’aurore.

L’Iran de toutes mes joies a maintenant disparu. Désormais vigoureuse, je reste dans cette maison, guérie à tout jamais de ma frêle santé, mais empreinte, hélas, de souvenirs trop heureux.

Laisse moi lui offrir l’infini de l’espace, les rayons du soleil, les pluies fines d’été, les grêlons du printemps, la glace de l’hiver. Qu’elle naisse et meurt ici au rythme des becqués, et alors, moi-même je ne reviendrais pas.

Elle ouvre la cage, la colombe s’envole. Elle la regarde s’envoler.

Le poète joue de la flûte.

Rideau.

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Éveil maritime

août 1, 2015 § Poster un commentaire

Les filets de larmes du ciel, raides et violents, frappaient la surface ondulée de la mer. Là, ils perdaient leur tragique et leur rigueur, donnant naissance à des mouvements circulaires ondulatoires. Un crépitement continu émanait de leur fusion.

Ce flux continuel s’achevait sur la côte. Une infime partie de la substance salée venait lécher le sable gris, encore sec. L’Océan s’avançait de plus en plus, avide d’étancher la soif du minéral pulvérisé. Il le pétrifiait sous son flot glacé. La mince plage, en contrebas des falaises, tendait alors à disparaître sous ces assauts répétés. Le bourdonnement du flot grondait dans son effort.

Le ciel nocturne ne laissait pas éclater les étoiles. Il résistait et persistait dans sa grisaille rosée, ne cessant d’envoyer des nuages émissaires sonder l’état de la voûte céleste. Cet étrange ballet contrastait avec l’épaisse noirceur de l’Océan.

Toute la nuit, ce travail s’effectuait à grand coup de râles.

Avant l’aube, la falaise connut enfin l’humidité marine. Les criques qui la minaient apprécièrent ce baiser matinal bien connu. Elles soupirèrent de soulagement, se laissant aller aux mouvements du ressac qui érodaient la couche superficielle de la roche. Ils la broyaient, en d’infimes particules.

Ces individualités naissantes jouissaient de leur soudaine liberté. Détachées du bloc qui les maintenait toutes ensembles solidaires, ou plutôt qui niait leur distinction et sensibilité, elles connurent leurs premiers émois marins, bercées par la douceur du flux et du reflux.

Sur la falaise, une nouvelle roche vierge, se dressait alors face à l’océan. Pour la première fois, elle savourait cette caresse enivrante. Le haut de la paroi, proéminent, surplombant ce spectacle, était le seul voué à rester solitaire.

Au sommet, le vent soufflait entre les herbes. A leur tour, elles ondulaient en chœur, solidement ancrées dans le sol rocheux. L’excitation des tiges venait le chatouiller, l’ondulation se prolongeant dans les racines au contact de la pierre.

La côte s’éveillait ainsi. Le gris du ciel pâlissait, suggérant l’éclat prochain du soleil.

Quand il perça enfin, commença un fantastique jeu d’ombre. Au delà des maigres plantes rampantes et des troncs vigoureux des pins, perçaient des lueurs solaires matinales. Les vastes tronçons sombres du sous-bois frémissaient sous ces nouvelles clartés.

Où suis-je ?

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